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Revue trimestrielle de carnets de voyage - Avoir 20 ans, une 2CV et des valises - Jacques Petit

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Europe

page Wikipedia consacrée à l'Anatolie

Sujet paru dans BDM 4 - octobre 2010

L'auteur : Jacques Petit





Avoir 20 ans,

une 2CV et des valises

par Jacques Petit

Quand ce jeune Normand a embarqué à bord de sa 2CV au début de l'été 1969, les Beatles chantaient « Get Back », les hippies écrivaient « Delhi » ou « Katmandou » en grosses lettres au cul des combis Volkswagen, et l'homme s'apprêtait à marcher sur la Lune. En Turquie, la solitude de Jacques Petit a duré douze minutes exactement.

Extrait :
Le jour où nous avons franchi le Bosphore pour pénétrer en Anatolie, nous chantions à tue-tête en saluant avec la désinvolture des stars les enfants médusés qui nous regardaient passer. La musique nasillarde grinçait dans les stations-service puantes de sueur, de bitume chaud et de vapeurs de pétrole de mauvais raffinage. La route d'Istanbul à Ankara est une des plus meurtrières du monde : camions éventrés, abandonnés sur le flanc, carcasses carbonisées de voitures, ânes, chevaux, buffles écrasés. Cette voie est un cimetière. Les villages ne valent guère mieux. Les plus dégradants déchets de la civilisation technique s'y entassent : pneus et barres de fer sur les trottoirs, épaves de véhicules qui font le terrain de jeu des enfants, monceaux de tôles, de lits tordus, de brouettes cassées. Un décor désolant.


La première nuit en Anatolie, nous avons dormi dans un champ de cailloux. Nos tentes intriguaient les buffles. Théo vocalisait sur un air de Diva. Henk faisait des pompes pour se donner une contenance. Aboiements, cris d'enfants, claquements de fouet au loin. On nous avait prévenus que l'Anatolie tuait chaque année bon nombre de jeunes inconscients de notre mouvance.?Le matin, les montagnes ottomanes, froides et brumeuses, sont tristes à vous donner la chair de poule. Le ciel est lourd de nuages et l'humidité pénètre les vêtements. Le café chaud, les galettes de pain plat vous ravigotent et effacent en partie le malaise qui flotte dans l'air poisseux. Il est des lieux si mélancoliques qu'ils vous feraient pleurer sans raison. L'Anatolie est de ceux-là. Elle pousserait au suicide le plus convaincu des missionnaires.

Ci-dessous : Les pages parues dans BDM 4

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